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  • Photo du rédacteurCabinet St Pierre

Comment les moustiques-vecteurs contaminent l’Europe (ECDC) ?

Stockholm, Suède – Moustique-tigre et égyptien envahissent rapidement l’Europe, multipliant les risques de contamination locale de dengue, de zika et de chikungunya. L’ECDC en appelle aux médecins pour interroger systématiquement les patients sur leur pays de voyage. Ceux-ci doivent conserver des mesures anti-moustiques longtemps après leur retour.



Il y a vingt ans, les mesures anti-moustiques spécifiques étaient surtout réservés aux voyageurs dont les destinations de vacances étaient des pays tropicaux où les moustiques étaient endémiques. Dorénavant, l’utilisation de produits antimoustiques, de moustiquaires et de manches longues devra s’étendre à des zones de plus en plus larges dans les pays de l’Union européenne, touchés par l’invasion de plusieurs espèces porteuses de virus dangereux, dont l’implantation est rendue possible par le réchauffement climatique, mais aussi par le développement inconsidéré du transport international et du tourisme de masse.

Lors de la présentation de leur nouveau rapport sur les maladies dont les moustiques sont les vecteurs, les responsables de l’ECDC (Centre européen de prévention et de contrôle des maladies) ont mis en évidence que l’espèce de moustique Aedes albopictus, dit moustique-tigre, vecteur connu des virus du chikungunya et de la dengue, s’installe plus au nord et à l’ouest de l’Europe. En outre, Aedes aegypti, connu pour transmettre les virus de la dengue, de la fièvre jaune, du chikungunya, du zika et du Nil occidental, est établi à Chypre depuis 2022 et pourrait continuer à se propager dans d’autres pays européens.


Une conséquence du réchauffement climatique


« L’Europe connaît une tendance au réchauffement où les vagues de chaleur et les inondations deviennent plus fréquentes et plus graves, et les étés s’allongent et se réchauffent. Cela crée des conditions plus favorables pour les espèces de moustiques envahissantes telles que Aedes albopictus et Aedes aegypti. Il y a dix ans, en 2013, le moustique Aedes albopictus s’est établi dans 8 pays de l’UE/EEE, avec 114 régions touchées. Désormais, en 2023, le moustique est implanté dans 13 pays et 337 régions », explique Céline Gossner, expert principal pour les malades émergentes de l’ECDC.



« La propagation devrait se poursuivre vers le nord et vers l’ouest et, malheureusement, arrêter complètement sa propagation peut être difficile. Le moustique est dispersé principalement par le transport et le commerce, c’est-à-dire la voiture, le camion et le cargo. S’il est difficile d’enrayer sa propagation, on peut agir sur la densité de moustiques, c’est-à-dire la quantité de moustiques dans une zone. Cela aura deux effets. Réduction des nuisances : le grand nombre de moustiques peut avoir un impact sur la qualité de vie et réduire le temps passé à l’extérieur par les communautés. Limiter le risque d’épidémie virale : Aedes albopictus est très efficace pour transmettre les virus de la dengue, du chikungunya et du zika d’une personne à l’autre et pour avoir une épidémie, le nombre de moustiques doit avoir atteint une masse critique. »


La réapparition d’Aedes aegypti en Europe est inquiétante


Un deuxième point d’inquiétude est l’implantation récente d’Aedes aegypti à Chypre. « Aedes aegypti s’est implanté en Europe jusqu’au milieu des années 1960 où il a disparu pour des causes peu claires », explique Céline Gossner. « Il a été responsable de grandes épidémies notamment de dengue à la fin des années 1950 où plus d’un million de personnes ont été touchées en Grèce et en Turquie. À l’heure actuelle, nous ne pouvons pas exclure que le moustique se propage à nouveau en Turquie, en Grèce et dans d’autres parties de l’Europe. Il existe de nombreuses similitudes entre Aedes albopictus et Aedes aegypti, mais en termes d’évaluation du risque, Aedes aegypti est la plus préoccupante car il a une très grande capacité à transmettre les virus et, de plus, il pique principalement les humains. Cela signifie que si Aedes aegypti mord quelqu’un qui est porteur des virus de la dengue, du chikungunya ou du zika, la prochaine victime sera une personne qui aura de fortes chances d’être infectée. En comparaison, Aedes albopictus est un moustique opportuniste, c’est-à-dire qu’il pique divers mammifères qu’il trouve. De plus, Aedes aegypti a une grande capacité à transmettre le virus de la fièvre jaune, connu pour provoquer de grandes épidémies, en particulier dans les zones urbaines. Comme l’établissement d’Aedes aegypti à Chypre n’est que récent, il est crucial de contenir sa propagation et potentiellement d’éradiquer le vecteur de l’île. Des efforts de collaboration, tels que ceux entrepris par l’Université de technologie de Chypre, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture et l’Agence internationale de l’énergie atomique, visent cet objectif, y compris l’application de techniques d’insectes stériles. »


« Une augmentation frappante du nombre de cas de dengue » Ce n’est hélas pas tout. Pour l’experte de l’ECDC, le troisième point de préoccupation est une augmentation frappante du nombre de cas de dengue en Europe continentale. « Les premiers cas de dengue contractés localement en Europe continentale ont été signalés en 2010 en Croatie et en France. Entre 2010 et 2021, 74 cas ont été signalés en France, en Italie puis en Croatie. En 2022, 71 cas ont été déclarés, 65 en France (9 foyers) et 6 en Espagne (1 foyer). Nous avons également eu deux grandes épidémies de chikungunya en Italie, en 2007 et 2017 avec plus de 300 cas. Cela signifie que les conditions environnementales en Europe du Sud sont devenues extrêmement favorables à la transmission des arbovirus, c’est-à-dire des virus transmis par des arthropodes vecteurs comme les moustiques. Nous pouvons nous attendre à voir plus d’épidémies de maladies à transmission vectorielle et peut-être des épidémies plus importantes, en particulier à la lumière du changement climatique. »

Selon le rapport publié aujourd’hui, la hausse des températures et l’augmentation des précipitations peuvent favoriser l’expansion des habitats des moustiques, y compris l’établissement dans de nouvelles zones, allonger la durée de ce que l’on appelle communément la saison des moustiques, période pendant laquelle les moustiques sont actifs.

Cette évolution peut aussi réduire le temps de réplication chez le moustique : un moustique infecté ne peut pas transmettre immédiatement le virus à une autre personne. Chez le moustique, le virus se répliquera et se déplacera vers les glandes salivaires. Ce n’est qu’alors qu’il peut être transmis à un nouvel hôte (une personne ou un animal). Une température plus élevée accélère le processus. Autres conséquences : l’augmentation du modèle de reproduction ; une température plus élevée accélère le développement de l’œuf en adulte ; la facilitation de l’implantation d’espèces de moustiques exotiques en créant un habitat plus adapté ; la modification du comportement humain : une température plus élevée pousse les gens à être davantage à l’extérieur et donc à s’exposer aux moustiques ; l’évolution de l’urbanisation : pour limiter l’impact de la chaleur dans les villes, les communes soutiennent l’implantation d’espaces verts, qui pourraient être des lieux propices à la reproduction des moustiques.

Quels sont les moyens pour contrer l’impact de ces infections ? « Ces épidémies ont un impact direct sur la santé publique », souligne Céline Gossner. « Les personnes qui développent la maladie peuvent devoir être hospitalisées ; la plupart des maladies transmises par les moustiques peuvent également être transmises par des dons de sang et d’organes. Cela signifie qu’en cas d’épidémie de dengue ou de virus du Nil occidental, les autorités sanitaires publiques mettent en œuvre le report des dons ou les tests de dons. Cela a un coût évident mais peut également créer des pénuries de dons, en particulier en été lorsque les stocks sont déjà faibles ou en tension. »

Y a-t-il des moyens d’action pour contrer cette évolution ? « Pour limiter l’impact des maladies transmises par les moustiques, dont la dengue et l’infection par le virus “West Nile”, nous devons agir sur 4 piliers différents. D’abord, la protection individuelle contre les piqûres de moustiques. L’utilisation de produit anti-moustique, selon les instructions du fabricant. Il est très important que les voyageurs visitant les pays tropicaux et subtropicaux se protègent contre les piqûres de moustiques. Il est également important qu’ils continuent à utiliser un répulsif pendant une période de 2 semaines après leur retour s’ils partent dans une zone où les moustiques Aedes sont établis pour atténuer le risque de transmission locale au cas où ils seraient infectés. Ensuite, portez des manches longues et des pantalons longs, utilisez des moustiquaires sur le lit, utilisez des moustiquaires aux fenêtres et aux portes, utilisez la climatisation ou des ventilateurs, enlevez les flaques d’eau stagnante. »


Deuxièmement, il faut prendre des mesures de contrôle des vecteurs, associées à l’engagement communautaire. « La réduction à la source est un élément clé de la lutte antivectorielle et vise à éliminer ou à modifier le site de reproduction des moustiques afin de réduire la population. Par exemple, éliminer l’eau stagnante qui peut se trouver dans des récipients, des pots de fleurs, des seaux, des pneus, des gouttières bouchées, etc. Pour les grands bassins d’eau, des larvicides, des agents biologiques ou chimiques qui empêchent le développement des larves en adultes peuvent être utilisés. Gérer la végétation où les moustiques se reposent. Les adulticides, généralement sous forme de spray, qui tuent les moustiques adultes, par exemple pyréthroïdes ou organophosphorés. D’autres techniques telles que les techniques d’insectes stériles ont également montré de bons résultats. L’engagement communautaire est crucial. Toutes les mesures mentionnées nécessitent une implication active de la communauté et l’approbation. »


Troisièmement, une détection précoce des cas. « Il faut une sensibilisation aux symptômes chez les voyageurs visitant les pays tropicaux et subtropicaux et les résidents dans les zones où des épidémies locales peuvent survenir, il faut sensibiliser les médecins généralistes, s’assurer des capacités des laboratoires, ce qui signifie que les laboratoires doivent être en mesure d’effectuer le bon test en temps opportun. Il faut un diagnostic précoce et un traitement adéquat. Enfin, la recherche doit avancer pour que nous disposions de tests de diagnostic rapide et de vaccins adaptés. Il faut également développer des techniques de démoustication respectueuses de l’environnement et efficaces. C’est seulement en abordant ces points critiques et en mettant en œuvre des stratégies globales que nous pourrons limiter l’impact des maladies transmises par les moustiques, protéger la santé publique et assurer le bien-être de nos communauté. »

Dengue et virus du Nil occidental : comment se transmettent-ils ?


L’établissement d’espèces de moustiques est défini comme ayant des populations de moustiques autosuffisantes qui hivernent et se reproduisent dans une région administrative donnée.


La dengue est une infection virale causée par le virus de la dengue, transmise à l’homme par la piqûre de moustiques infectés. La maladie est transmise par les moustiques Aedes (en particulier Aedes aegypti dans le monde et Aedes albopictus en Europe), qui se reproduisent dans ou autour des habitats humains. La dengue est endémique dans plus de 100 pays d’Afrique, des Amériques, d’Asie du Sud et du Sud-Est et de la région du Pacifique occidental. L’incidence de la dengue a considérablement augmenté dans le monde au cours des dernières décennies.


Le virus du Nil occidental se transmet aux oiseaux par la piqûre de moustiques Culex infectés et, accessoirement, les humains et d’autres mammifères (par exemple les chevaux) peuvent être infectés. Environ 80 % des infections par le virus du Nil occidental chez les humains sont asymptomatiques. La fièvre du Nil occidental est la présentation clinique la plus courante et se caractérise par une apparition soudaine de symptômes pouvant inclure des maux de tête, des malaises, de la fièvre, des myalgies, des vomissements, des éruptions cutanées, de la fatigue et des douleurs oculaires. Les personnes âgées et immunodéprimées sont plus à risque de développer la maladie neuroinvasive du Nil occidental, qui peut être mortelle. Aucune prophylaxie ou traitement spécifique n’existe contre la maladie chez l’homme.


Comment les moustiques-vecteurs contaminent l’Europe (ECDC) ? - Medscape - 17 juil 2023.

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